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Je suis jalouse, je pense

Je pourrais continuer d’être politiquement correcte et d’appeler ça de l’admiration. Mais j’aurais un peu peur de commencer à me mentir à moi-même. C’est qu’autour de moi, ces temps-ci, des tas d’amies et de connaissances se fabriquent le p’tit 3e, le p’tit dernier, le benjamin. Qu’on me comprenne bien, je les admire, celles qui le font. Mais, je crois que mon sentiment a évolué au-delà du respect. Parce que ça me confronte. Parce que ça me fait réaliser que moi aussi, je voudrais ça, mais que je ne peux pas. Je ne suis pas jalouse de leur 3e bébé, je ne me peux plus d’être heureuse pour elles et pour leur famille respective qui s’agrandit. Mais je suis jalouse de leur force. À un moment, j’ai cru que j’étais jalouse de leur situation, pour ensuite réaliser que ce n’est pas ça du tout. Je l’aime, ma vie. Vraiment beaucoup. Quel privilège, quand même. Non, je ne jalouse pas la situation des autres. Je ne jalouse pas le bonheur ou le matériel. Je n’en suis pas …

Le (jamais vraiment) bon moment

En défaisant des boites qui trainaient depuis mon déménagement, je suis tombée sur un vieux cahier rempli de ma dentelle d’écriture. À l’intérieur dudit cahier, une liste que j’avais dressée en 2004 pour l’oublier aussitôt. Les listes sont les grandes alliées de mon existence. À faire aujourd’hui, épicerie, pour et contre, livres que je veux lire, oeuvres que je veux chanter, mes rêves, cartes de Noël à envoyer, objectifs de la semaine, etc. Griffonnées dans mille agendas, journaux intimes et autres supports électroniques, elles structurent ma tête et mon emploi du temps. Alors que je suis plus que jamais aux prises avec mes tergiversations face à la maternité, voici donc que je tombe par hasard sur celle-ci au détour d’une boite : Avant d’avoir des enfants. Signe, destin, synchronicité? Peu importe, ça m’interpelle. Avant d’avoir des enfants – Trouver le bon papa – Voyager – Faire une folie démesurée – Avoir une carrière bien établie – Avoir une sécurité financière – Habiter une maison douillette (à la campagne?) – Être épanouie, accomplie, heureuse Une fois ces critères remplis, hop! Le bon …

La peur

La vraie. La lourde. La brûlante. La peur de tout perdre, la peur de tout me faire arracher. L’inconcevable. L’intense. La trop intense. Celle qui me traverse, me perce et me fait vaciller. En une seconde, m’imaginer mon monde terminé. Et, une fois passée, le corps tout léger. Ma tête n’oublie pas ces instants de terreur noire. Mais mon cœur, lui, peut reprendre son cours, se desserrer, se poser. L’anxiété, la mère de mes maux de mère. Mon cerveau, si prompt à adrénaliser l’entièreté de mon moi. Le soulagement du après. Du je-vais-pas-tout-perdre et du je-vais-pas-mourir. Et vous serrer, mes bébés, juste un peu plus fort que d’habitude. En fait, y’a que moi, qui sait. Et qui espère, en vain peut-être, ne pas vous avoir passé ça, en hérédité.

Le bagage

On entre dans la parentalité avec un bagage. Notre passé comme une valise ou un gros sac à dos. Certaines ont des roulettes, d’autres ont des straps pour répartir le poids, et d’autres sont usés et encombrants. Je suis arrivée en maternité avec ce genre de bagage, il était trop gros pour mes épaules pas si larges. Pour moi, être une maman, ça représentait un rêve : celui de fonder une famille avec mon merveilleux amoureux. Mais aussi un cauchemar : celui d’affronter des souvenirs, des manques et des rejets. Je n’ai jamais connu mon père biologique. Je ne connais pas l’histoire exacte, elle ne m’a jamais tant intéressée… ou plutôt, j’en étais effrayée. Pourquoi mon père n’est-il pas resté auprès de moi? Pourquoi ma mère a-t-elle dû s’occuper seule d’un poupon alors qu’elle était elle-même encore si jeune? Je ne le sais pas. La peur. Toute ma grossesse, j’ai eu peur que Jean-Philippe parte, m’abandonne. Une peur irrationnelle : j’avais le chum le plus « là » du monde. Mais le bagage, la grosse valise pleine de …

Un p’tit bonheur qui nous appartient

Ça m’arrive de trouver que je suis une bonne mère. Pendant quelques jours, ça marche mon affaire, je suis présente, drôle, aimante, patiente et j’interviens comme une championne. Puis arrive la journée poche. La journée où je crie trop, où je m’impatiente, où j’ai pas le goût de jouer, pas envie d’expliquer, pas le goût de négocier. De mère-pas-pire-pantoute, je passe à mère-poche qui se sent méga coupable Mère-poche à temps plein. C’est ce que je suis devenue quand j’ai décidé de démarrer mon entreprise. J’avais la tête ailleurs et pu le temps de faire du pain aux bananes ou des biscuits maison. Je suis devenue la maman qui abuse du « j’arrive, dans deux minutes! » et qui disparait derrière l’écran de son laptop dès que la p’tite fait un dessin. Oui, cette méchante maman qui profite de la sortie au parc pour être sur son téléphone et répondre à des courriels ou analyser les données de sa boutique en ligne. Encore pire… l’heure du souper a été pendant plusieurs semaines le seul temps dont on …

Le premier jour de camp

Dimanche dernier, en revenant d’une fin de semaine de camping avec les enfants, j’avais une boule dans l’estomac.  Le genre de boule qui t’annonce que tu t’apprêtes à passer à une autre étape dans ta vie de mère : l’étape du camp de jour. Pendant que ça se pitchait des oreillers en chantant Trois p’tits chats à l’arrière de la voiture, moi, je faisais la liste mentale de choses à préparer pour que mon petit Raphaël, six ans, ne manque de rien pour sa première journée. Lunch froid, maillot, serviette, crème solaire, parapluie, gourde : il allait avoir tout ce dont il avait besoin. Mais, malgré toute ma bonne volonté, la boule était encore bien présente. La fébrilité maternelle. Oui, j’étais la mère qui, pour la première fois, allait laisser son enfant dans les mains d’un moniteur adolescent nommé Tacos. J’avais rien contre Tacos. C’est juste qu’à son âge,  j’aurais pas su quoi faire avec douze enfants de six ans, moi! Et s’il perdait mon garçon pendant la journée? Raphaël ne connait même pas notre …